SANDRA - L'ÉCHAPPÉE BELLE - 63KM & 4770MD+

Mon Échappée à moi ⛰️
Samedi 22 août 2026, nous y voilà : ce jour que j'attends avec la plus grande impatience.
Cela fait deux ans que je parle de cette course à Fabien : le Parcours des Crêtes de l'Échappée Belle. J'ai même embarqué les copains dans cette aventure ! Cette course me fait rêver depuis longtemps, car elle se déroule dans le massif de Belledonne, qui alterne passages sauvages et points de vue exceptionnels.
Le Parcours des Crêtes de l'Échappée Belle, c'est 64 km pour 5 000 mètres de dénivelé positif : un parcours aussi magnifique qu'exigeant.
Pour préparer au mieux cette course en montagne, j'ai respecté scrupuleusement les séances d'entraînement de Coach Kévin et j'ai également réalisé deux courses dans les Pyrénées : le Trail de Hautacam, avec ses 24,5 km et 1 600 m de D+, fin mai, puis la Vénasque du Luchon Aneto Trail, avec ses 45 km et 2 900 m de D+, début juillet.
Par ailleurs, fin juillet, avec Fabien, nous avons réalisé un bon bloc de montagne technique en parcourant 95 km et 7 600 m de D+ en trois jours sur le GR20. Toute cette préparation fait que je me sens à la fois prête, excitée et un peu stressée. En effet, la distance à parcourir, la technicité du terrain et le ratio kilomètres/dénivelé… Tous ces paramètres, mis ensemble, me sont inconnus.
La veille du départ j'ai déjà été mise dans l'ambiance de course avec le départ des copains : Jo sur l'intégrale 150 km et Noémie sur la Skyrace 20 km. Samedi matin, me voilà à mon tour sur la ligne de départ du Parcours des Crêtes aux côtés de Fabien, Alexis, Annabelle et Antoine. Une tape dans la main aux copains du 64 km et, à 8h30, le départ de la vague 2 est donné !
Antoine part devant et nous ne le reverrons pas de la course. Lui franchira la ligne d'arrivée sans frontale, en moins de 12 heures : une vraie fusée ! Je me retrouve avec Fabien et Alexis. Annabelle, elle, nous laisse partir devant. Je me sens super bien et les jambes déroulent bien aussi. La chance que nous avons aujourd'hui, c'est d'avoir une météo idéale : du soleil et des températures douces, des conditions parfaites pour courir.
Le ton est donné dès le départ de la course : on ne passe pas des kilomètres à s'échauffer sur du plat. La première difficulté est une énorme montée continue vers le Super Collet. En seulement 8,7 km, on prend environ 1 200 m de D+ pour arriver à 1 655 m d'altitude. À Super Collet, premier point de ravitaillement que je rejoins en 1h39, pour un passage estimé entre 1h30 et 1h45, nous retrouvons nos super supporters qui donnent de la voix pour nous encourager !
À partir du Super Collet, le parcours prend véritablement son identité de Parcours des Crêtes. On rejoint le col de Claran au bout de 4 km de grosse montée. La distance est courte, mais il faut déjà composer avec un terrain beaucoup plus montagnard. On passe progressivement de l'environnement des pistes et des alpages du Super Collet à des sentiers plus étroits. Je progresse tranquillement en poussant sur mes bâtons et je m'alimente régulièrement afin d'atteindre ma quantité cible de glucides, soit 60 g par heure.
Après le col de Claran, on évolue sur un terrain beaucoup plus accidenté, avec une succession de montées et de descentes, avant de rejoindre le refuge des Férices. La difficulté n'est pas nécessairement la pente : c'est surtout la nature du terrain qui fait perdre du temps. Sur une trace de trail classique, une pente descendante peut me permettre de courir assez vite. Ici, dans les portions techniques, ma vitesse diminue fortement. Je dois faire attention à l'endroit où je mets les pieds et accepter que ma moyenne kilométrique n'a pas grand-chose à voir avec celle d'un trail roulant.
Après le refuge des Férices, où je recharge en eau, on retrouve ensuite une très belle séquence de haute montagne. J'atteins le col d'Arpingon, à 2 260 m d'altitude, et, après 21,7 km de course en un peu plus de 5 heures, je suis dans mes temps de passage. Puis, on enchaîne rapidement avec le col de la Frêche. Cette portion illustre bien le profil de l'Échappée Belle : on ne monte pas simplement jusqu'à un col avant de redescendre dans la vallée. On remonte, on redescend, puis on remonte encore, avec une succession de cols et de crêtes. C'est extrêmement beau, mais énergétiquement coûteux. Les cuisses commencent à se faire sentir et le cardio monte haut. Et c'est aussi à partir de ce moment-là, dans la descente du col de la Frêche, que je commence à avoir mal au ventre. Moi qui aime les descentes, je me retrouve un peu coupée dans mon élan, car chaque pas provoque des secousses qui me font grimacer…
Le parcours se poursuit avec une succession de cols jusqu'à Plan du Lai. On reste très haut, autour de 2 000 m d'altitude. À Plan du Lai, les bénévoles sont trop drôles et bienveillants avec nous. À ce moment-là, j'ai déjà effectué plus de 2 900 m de D+ en moins de 28 km, mais je sais que je n'ai pas encore atteint la moitié de la difficulté globale.
Puis arrive le morceau emblématique du Parcours des Crêtes.
Depuis le Plan du Lai, on remonte sur environ 2,7 km jusqu'à la pointe de Rognier, à 2 338 m d'altitude. La trace indique environ 580 m de D+ sur cette seule montée. Ici, le sentier est très alpin et, dans les derniers mètres pour y parvenir, l'usage des mains est nécessaire. Me voilà au point culminant de la course et au 30e kilomètre. J'ai bien en tête, à ce moment-là, que je ne suis pas encore à la moitié de la distance totale de cette course. Je dois donc garder du jus. Malgré le mal de ventre qui perdure, je me force à manger, même si cela devient de plus en plus compliqué.
Après Rognier, à 2 338 m d'altitude, nous redescendons jusqu'à 1 450 m, à Fontaine Noire. Sur à peine 5 km, cela représente près de 900 m de D-. C'est une descente très engagée dans laquelle je reste concentrée et prudente. Après 30 km, mes quadriceps ont déjà accumulé beaucoup de travail, mais ils encaissent les multiples chocs. En revanche, mon ventre est toujours douloureux. Je serre les dents et j'avance, toujours autant émerveillée par ces montagnes. J'arrive au ravitaillement de Fontaine Noire, à presque 35 km, en 8h57, pour un temps de passage estimé entre 8h30 et 9 heures. Ça passe ! Psychologiquement, tout va bien : j'ai dépassé le sommet du parcours, mais je garde à l'esprit que je n'ai absolument pas terminé les difficultés.
Après Fontaine Noire, on repart immédiatement vers le haut. Je remonte vers le col de la Perche, puis vers le sommet du Grand Chat, tous deux situés à près de 2 000 m d'altitude. Je m'étais préparée à ce que cette partie soit difficile mentalement, car, après la grosse descente depuis Rognier, alors que l'on pourrait penser que le profil va s'adoucir, il faut recommencer à grimper. La trace indique environ 534 m de D+ entre Fontaine Noire et le col de la Perche, puis encore 126 m jusqu'au Grand Chat. Mais malgré la difficulté, je retrouve aussi ces crêtes, avec cette lumière de fin de journée qui fait pétiller mes yeux. C'est juste magique. Je suis trop heureuse de partager ce spectacle avec Fabien et Alexis, même si Alexis commence à souffrir d'ampoules sous les pieds et de douleurs aux genoux, qu'il n'a pas ménagés dans les descentes. À ce moment-là, ses douleurs le ralentissent et il nous laisse partir devant avec Fabien.
Du Grand Chat, on descend vers le col du Champet, qui se trouve à environ 1 700 m d'altitude. Cette portion est beaucoup moins haute, mais la descente continue à faire travailler les jambes. À 42 km, j'ai déjà effectué environ 4 200 m de D+ et près de 2 950 m de D-. C'est un chiffre qui me fait du bien : à ce stade, l'essentiel du dénivelé positif est déjà effectué. Mais il reste encore plus de 21 km, donc on ne lâche rien !
On poursuit par la grande descente vers la vallée. Là, on change complètement d'ambiance. Du col du Champet, on descend à toute berzingue avec Fabien pendant environ 5 km, avec quasiment 900 m de D-, jusqu'au Bourget-en-Huile. Dans cette descente roulante, je me sens super bien, si l'on fait abstraction du mal de ventre. Mes jambes déroulent, j'ai encore du jus. Et en plus, j'ai une grande motivation, car je sais qu'au ravitaillement du Bourget-en-Huile, je vais voir mes parents, ainsi que Marine et Kévin.
Nous les retrouvons donc au ravitaillement du Bourget-en-Huile, au 47e kilomètre et après 4 200 m de D+, en 11h24, toujours dans mes temps de passage estimés. Je suis très contente de les voir ici, ainsi que Nath et Guillaume, qui sont là eux aussi. Marine me donne du Spasfon, ce qui va apaiser un peu mes douleurs au ventre pour finir cette course. On repart du Bourget-en-Huile avec Fabien. Il reste encore une dernière remontée significative.
Psychologiquement, je me dis que c'est le début du dernier acte de la course. Je me dis aussi que la prochaine fois que je reverrai la famille et les copains, ce sera sur la ligne d'arrivée, à Aiguebelle. Ça me fait beaucoup de bien de penser à ça !
On repart donc du Bourget-en-Huile sur une petite portion de route plutôt plate qui permet de relancer un peu, malgré la lourdeur des jambes, avant de regagner la forêt, dans laquelle la lumière s'assombrit. Nous décidons de mettre les frontales avant d'attaquer le dernier gros morceau de montée : le fort de Montgilbert, à environ 1 340 m d'altitude. Sur 8 km, la trace donne environ 540 m de D+. Ce n'est plus de la haute montagne comme au Rognier, mais après 50 km de course et plus de 4 000 m de D+, cette dernière montée me paraît interminable.
Depuis le fort de Montgilbert, il reste environ 8,4 km jusqu'à Aiguebelle, ce qui est finalement peu par rapport à la distance déjà parcourue. Mais nous allons perdre environ 1 045 m d'altitude, puisque l'arrivée est située à seulement 318 m. Les huit derniers kilomètres sont donc essentiellement une longue descente, plutôt roulante, mais où la prudence est de mise, car il fait désormais nuit. À un moment, je me fais peur avec une petite glissade. Je me ressaisis. Je dois rester lucide, éviter la chute et conserver suffisamment de jambes pour courir les derniers kilomètres.
Les derniers mètres de la course, dans la ville d'Aiguebelle, sont plats et j'ai du mal à accélérer. Fabien m'emmène. Puis nous franchissons enfin cette ligne, main dans la main, et faisons sonner la cloche à Aiguebelle en 14h04, sous les applaudissements et les félicitations de ma famille et des copains.
J'ai un peu de mal à réaliser ce que je viens de faire : passer 14 heures à courir 64 km, avec 5 000 mètres de dénivelé positif, dans le massif de Belledonne, tout en ayant partagé cette aventure avec Fabien.
Je suis contente, car je voulais réaliser ce Parcours des Crêtes entre 14 et 15 heures. Je termine 30e féminine et 16e de ma catégorie. Je suis super heureuse, car tous ces mois de préparation, des sorties longues aux entraînements plus intenses, ont payé !
Peu de temps après notre arrivée, Alexis franchit à son tour la ligne d'arrivée. Quelques heures plus tard, nous acclamons Anthony qui, lui, participait à la Traversée Nord et boucle les 97 km de cette Échappée Belle. Au petit matin, c'est au tour d'Annabelle de faire sonner la cloche à Aiguebelle.

Merci à nos supporters en or pour leurs encouragements : maman, papa, Marine, Kévin, Jocelyne, Nath, Guillaume, Steph, Timeo, Amel, Jo, Alix, Noémie et Raphaël, ainsi qu'à toutes les personnes qui nous ont suivis à distance 🫶
En résumé, c'était mon Échappée à moi : une expérience unique qui m'a fait me dépasser sur ce Parcours des Crêtes aussi magnifique qu'exigeant.
Et c'est finalement ce que j'aime dans ce sport : le dépassement de soi, la gestion de son allure et de son alimentation, continuer d'avancer malgré la douleur, ne jamais perdre espoir, franchir la ligne d'arrivée, partager ces moments à deux avec Fabien, voir ses progrès, être récompensée du travail réalisé pendant la préparation (encore merci Coach Kévin !) et tirer des leçons de ce qui aurait pu être mieux géré.
Belledonne, je reviendrai, c'est sûr, car tu m'as donné des frissons et j'ai vécu une aventure extraordinaire ⛰️
À l'issue de cette course, j'ai également une pensée pour toutes les personnes qui croyaient que c'était impossible, ou qui doutaient de ma capacité à atteindre mes objectifs sportifs. Cette aventure est aussi une belle preuve que, parfois, il faut simplement croire en soi et ne jamais laisser les doutes des autres définir nos limites. Comme le dit si bien Ludovic Pommeret : « Quand on veut, on peut ! »




Commentaires