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ULTRA MARIN 2025 - 172Km et 1400mD+

  • Photo du rédacteur: Kevin Jan
    Kevin Jan
  • 11 juil. 2025
  • 11 min de lecture

Après une année 2024 qui est, pour le moment, ma meilleure année sportive en termes de performance, la projection sur la saison suivante a été un peu différente.

J’ai eu l’envie de consacrer mon premier semestre à une course qui m’est particulière : Le Grand Raid de l’Ultra Marin.


C’est sur cette course, qu’en 2017, j’ai découvert l’ultra endurance avec Florian, c’est içi que j’ai : 


  • Passé ma première nuit blanche (non alcoolisée). 

  • Dû me confronter pour la première fois au goût amer de l’abandon. 

  • Pris le départ d’un ultra avec mon père et mon frère pour la première fois.

  • Passé ma première barre des 30 heures d’effort

  • Assisté au 1er ultra abouti du frangin puis à son départ de course le plus débile possible.


Il me tenait donc à cœur de retourner sur cette épreuve pour enfin faire une course pleine. Riche de mes années d’expérience depuis 2017. 


LA PRÉPARATION


Comme en 2024, j’ai commencé mon année par un dossard sur 10K puis par un Marathon à Chinon en avril. Cette année, j’ai senti que je peinais un peu à progresser par rapport à l’année dernière. Avec le recul, je pense ne pas avoir consacré assez de temps à travailler ma vitesse qui est plutôt mon point faible. 


Après cette saison de route plutôt mitigée, ce fut plaisant de retrouver les chemins sans trop regarder la montre. L’objectif pour les mois d’avril / mai / juin était clair : engranger un gros volume de kilomètres à basse intensité ! Et faire de longues traces en courant qui me faisait de l'œil depuis longtemps.


Sur cette période j’ai : 

  • Passé la distance marathon sur 7 sorties au total. 

  • Fais le tour de l’île de Noirmoutier sous la flotte, 62Km avec Kevin, mon acolyte de préparation.

  • Rallié la mer à chez moi en courant.


Le jour J approche et, au fil des semaines, j’ai bien senti que mon corps s’adaptait à l'exigence des longues courses à plat. C’est plus stressant à tous les niveaux : musculaire, articulaire, tendineux, mental…


Tous les feux sont au vert, il n’y a maintenant plus qu’à courir “moyen vite” puis lentement mais pendant longtemps !


LA COURSE


DEPART

Vendredi soir, il est 19h00, départ prévu à 19h20, l’air est encore tiède et nous sommes dans l’enclos à bétail. La cérémonie d’anniversaire des 20 ans de l’événement est en train de se dérouler. Le trophée arrive par bateau et des parachutistes descendent du ciel. De mon côté, à quelques minutes de s’élancer, je prends le premier gel d’une longue série et me positionne quelques mètres derrière la ligne. 


KM0 - KM30

Le départ est lancé, malgré l’excitation du départ je me force à ne pas courir plus rapidement que 4’30”/km. Nous faisons un tour dans la ville fortifiée avant de repasser sur le port. Les trottoirs sont bondés mais j’arrive quand même à apercevoir la famille qui sera là en soutien toute la soirée et le lendemain.


Les premiers kilomètres défilent, je trouve rapidement une allure confortable autour des 4’50”/km. La championne Française d’ultra fond Stéphanie Gicquel n’est pas très régulière, un coup je la double, un coup elle me redouble comme une fusée. Un peu comme ceux qui n’ont pas de régulateur sur l’autoroute ! Mon objectif premier est bien sûr de finir devant elle pour ne pas me faire chambrer par les copains ! Nous arrivons à Séné, au KM14 et je bois juste un verre de Sainte Yorre avant de repartir.


Les jambes tournent bien et j’arrive à m’alimenter comme je veux. Aujourd’hui, j’ai décidé d’être un peu plus ambitieux qu’à l’UTMB et en plus de ma boisson d’effort, j’essaye de consommer un gel toutes les 45 minutes pour un total de 70g de glucides par heure. Il s’avèrera que c’est un peu trop et que finalement 60g/h me convient mieux.


J’arrive à la première base vie de Séné après 2h15 d’effort. Marine m’attend dans le gymnase pour la première assistance. Je change mes flasques, je récupère une grosse poignée de gels et mes sachets de boisson d’effort, je m’hydrate et je repars : 1 minute chrono !



KM30 - KM58

Départ de la base vie, un dernier coucou à la famille avant de rentrer progressivement dans la nuit. Le soleil se couche, je visse ma frontale sur la tête et je me fais la réflexion que mes quadriceps sont déjà douloureux. C’est un peu tôt dans la course, ça me fait pas mal cogiter mais il faut rester positif ! 


Je ne sais toujours pas combien je suis classé mais sur ce début de nuit je rattrape une bonne dizaine de coureurs sûrement partis un peu trop vite. Je double même Christian, l’un des favoris de la course qui m’expliquait juste avant que c’était plus logique de courir avec ses 2 flasques dans la main plutôt que dans le sac. Ça lui faisait du poids en moins… C’est la première fois que je vois ça mais pourquoi pas !


J’arrive au petit ravitaillement du KM42 à 22h50. Passage du marathon en 3h26. La famille me fait la surprise de ne pas être rentrée, ça fait trop plaisir de les voir !! Je fais le plein d’eau et je repars. La forme est bonne malgré les quadriceps douloureux. J’arrive à m’hydrater et à manger comme je veux, c’est le plus important pour la suite.


A partir de maintenant je cours en majorité seul. J’aime bien ces moments. Tout seul dans les forêts, les champs, les lotissements à la lumière de la frontale… Juste besoin de ralentir le moins possible, manger et boire régulièrement. Je croise une bénévole au détour d’un croisement, emmitouflé dans un plaid et je me surprend à l’envier. Je manque pas mal de fois de me faire cogner par des chauves-souris, il y en a beaucoup. Petite mention pour le frère qui a réussi à en faire entrer une dans sa voiture sur la 4 voies.


J’arrive au ravitaillement du KM58, il est minuit et mon fan club est toujours là, trop sympa ! Je bois 2 grands verres de Sainte-Yorre, je prends 30 secondes pour discuter un peu avec eux et leur dire que je suis plutôt bien.


KM58 - KM88

Je repars en trottinant et regrette aussitôt l'excès de confiance. Les deux verres de Sainte-Yorre cul-sec sont un très mauvais calcul ! Les bulles ne font pas bon ménage. 200m après le ravitaillement et à la plus grande surprise de 2 jeunes filles qui passaient, je vomi tout ce que j’ai bu durant la dernière heure. Sur le coup ça me fait du bien, mais à partir de maintenant, j’ai une petite dette d’hydratation à rembourser… 


Nous attaquons la partie la plus technique et difficile du parcours sur la Presqu’île de Ruys. Un sentier côtier qui ne fait que monter sur les dunes et redescendre sur la plage. Le balisage est très hasardeux, je me retrouve quelquefois sur la plage alors que le parcours passe sur le sentier un peu plus haut. Bref, je reste zen mais je perds du temps ! Vers le KM80 je croise un copain, Christophe, je lui demande s'il sait où il y a de l’eau car je suis à sec. Je sens bien que je n’arrive pas vraiment à combler cette petite dette d’hydratation du au vomito. Heureusement, quelques mètres plus loin, j’arrive à refaire le plein dans des toilettes publiques. 


J’entre un peu avant 3h du matin sur le port d’Arzon. Il y a de la viande saoul sur les terrasses de bar ! Je double un coureur et passe 6ème. J’aperçois devant moi le 5ème et nous sommes tous les 3 à chercher notre chemin dans Arzon. Il n’y a presque pas de balisages, heureusement que j’ai la trace dans la montre, je ne sais pas comment ont fait les autres…


J’arrive à la base vie de la mi-course à 3h11 du matin, après 7h50 d’effort. Le frangin et le beau-frère qui vont me soutenir toute la nuit sont au garde à vous. Je rentre 6ème, je suis le plus rapide des 3 à me ravitailler et repars en 5ème position. C’est à partir de là que commence pour moi une belle phase d’euphorie qui va durer presque 3h.


KM88 - KM102

Trois kilomètres après la base vie, j’arrive à Port Navalo, où l’on doit embarquer pour une traversée de l’embouchure du golfe qui durera environ 15 minutes. Trois zodiacs sont près à partir. Je passe le tapis de chronométrage, le temps s’arrête donc pour moi jusqu’à l’autre côté du rivage. J’enfile ma veste puis un gilet de sauvetage, nous attendons 30 secondes mais personne n’arrive. Le conducteur d’un des bateaux me propose d’embarquer. Il est 3h30 du matin et nous partons pour cette traversée de nuit, en solo, sous un ciel plus nuageux qu’étoilé. De toute façon je m’allonge sur la banquette arrière et j’en profite pour fermer les yeux 10 minutes, il ne fait pas froid, je suis bien.


Le kilomètre de mise en route après cette pause de 15 minutes est un peu difficile au niveau musculaire mais ensuite ça revient vite et ça déroule plutôt bien. Le parcours est à nouveau très roulant. Je me sens bien, mes cuisses sont toujours douloureuses mais je le supporte, je m’y suis habitué. Je passe le KM100 et j’arrive toujours à courir entre 5’20” et 5’40”/km sans avoir l’impression de forcer. Je me dis que si ça continue, je vais pouvoir rentrer progressivement sur le podium devant !



KM102 - KM118

J’arrive à la base vie du KM 104 en un peu plus de 9h de course. Mon père a rejoint mon frère et mon beau-frère. Je m’assois le temps de récupérer toutes les balles neuves, je m’hydrate un peu avec de la Sainte-Yorre et du Coca. 


Avant la course, j’avais dit aux gars que je ne voulais pas savoir mon classement et les écarts avant cet endroit, pour commencer ma course içi si tout allait bien. Je repars au bout de 4 minutes, je suis 6ème et j’ai 25 minutes de retard sur le podium, c’est jouable !


Durant la portion qui suit jusqu’au Bono j’ai encore plutôt de bonnes sensations. Je rattrape un coureur qui marche et je passe 5ème. Le jour commence à se lever sous une petite bruine pas désagréable. Ca refroidit un peu le moteur et c’est appréciable !


Je passe le Bono au KM118, je cours toujours entre 5’30 et 5’40/km quand c’est plat. Je remplis mes flasques, bois 2 verres de Coca et repart pour la plus grosse portion : 23km sans ravitaillement.

J’ai vu la tête des coureurs du 100K la veille, qui arrivaient après cette portion, ils étaient tous secs ! J’ai bien ça en tête et je vais tout faire pour ne pas me faire avoir (spoil : je n’ai pas réussi !).


KM118 - KM141

Il faut le dire, la phase d’euphorie est terminée et je commence à entrer progressivement dans la “Pain Cave”, comme diraient les Ricains… Cette zone où chaque kilomètre commence à être une petite victoire. Où ça devient difficile de se détacher de l’inconfort dans lequel on est. Il n’y a plus qu’à l’accepter et faire corps avec lui ! J’arrive toujours à courir sur la majorité du parcours, j’arrive toujours à m’alimenter et à boire, mais je sens que je commence à être fracassé. 


A la moitié de cette portion, il y a finalement un point d’eau qui n’y était pas la veille, ouf ! J’en profite pour remplir une flasque. Erreur ! J’aurais dû remplir les deux et je vais le regretter… Je repars et Jordan, un coureur, revient de derrière et me rattrape. Nous faisons, je pense, un peu plus de 10km ensemble. J’essaye de lui parler mais il ne me répond pas vraiment. J’ai l'impression qu’il est plus dans le dur que moi.


Sur cette portion, les gars arrivent à venir me voir à peu près tous les 5 kilomètres pour m’encourager. Ça aide un peu à passer ce tronçon interminable. A 3-4 kilomètres de la base vie, nous revenons sur Diego, le 4ème. Je le connais car j’avais vu avant la course qu’il était sélectionné dans l’équipe de France des 24h. Apparemment il est en train de bien exploser. Mon père m’annonce que toute la famille est à Baden, pour la base vie, ça me redonne un petit coup de boost et j’enchaîne sur 3km à 5’30”/km ! Je largue donc mes 2 compagnons et arrive au KM 141 en 4ème position.



KM141 - ARRIVÉE

Je prends le temps de m'asseoir sur un petit muret avec la famille. Ca fait quelques kilomètres que je n’ai plus d’eau et j'ai très soif. Je fais la même erreur qu’au KM60 sauf qu’à ce moment de la course, elle se paye encore plus chère. Je bois une demi bouteille de Sainte-Yorre, du coca et je gob un gel caféine. Au bout de 5 minutes je me remet en route pour cette dernière portion de 30km. Je repars donc 4ème, motivé pour assurer cette place car le podium est maintenant injouable à 30 minutes. 


Comme au début de la nuit, au bout de quelques centaines de mètres, les bulles remontent et je vomi tout ce que je viens de boire. Jordan me redouble au même moment et je mets un peu de temps à reprendre mes esprits. J’en profite pour faire une pause pipi et je me rends compte que je pisse couleur Coca, je me dis que c’est la merde ! Ça ne m’est jamais arrivé et ça me fait un peu flipper.


A partir de ce moment là je sors un peu de ma course, je suis un peu inquiet pour ma santé et je ne pense plus trop au classement. J’avance tant bien que mal. Me voilà à Arradon, à 20km de l’arrivée, la famille est là pour m’encourager ainsi que Max et Fred, 2 coureurs que je coach, mais je ne suis plus assez vif pour leur faire honneur. 


La dernière portion de course est un peu floue, je suis dans ma bulle. Je cours quand c’est plat et que ça descend, je marche quand ça monte. Je pisse toujours marron foncé. J’ai hâte d’en finir, je suis dans un état que je n’avais plus connu depuis mes premiers ultra, il y a quelques années ! Les jambes complètement détruites.


Je passe la presqu’île du Conleau à 4km de l’arrivée et un coureur du relais me double en me disant que Benoît, le 6ème, revient fort derrière. Je n’ai même plus la force de faire la course. Il me double à 2km de l’arrivée, il est euphorique et me dit qu’il ne sent plus ses jambes. Tant mieux pour toi, moi je les sens beaucoup trop, fonce !!


Les deux derniers kilomètres sont très longs. Mon père et Flo, mon pote qui a encore fait le déplacement avec Anaïs (faites gaffe je vais m’y habituer) viennent à ma rencontre. Je suis tellement épuisé que je n’arrive même pas à savourer avant les 200 derniers mètres.

La famille est là et j’ai la chance de vivre un moment d’émotion que seul le sport peut nous offrir. Je passe la ligne avec ma petite nièce avant de m’écrouler de fatigue. Merci la famille !


APRÈS COURSE


Depuis que je cours je ne me rappelle pas avoir eu une après course aussi difficile. Des quadriceps très douloureux, inutilisables et une énorme fatigue centrale. Avec le recul et suite à une prise de sang, je me suis rendu compte que j’ai fait une petite rhabdomyolyse sur la fin de course. Une destruction musculaire un peu trop avancée qui explique les urines très foncées. Plus de peur que de mal mais il était temps que la course se termine.


Je mets ça sur le compte de la spécificité de l’effort à plat durant lequel il faut courir sans s’arrêter. C’est un effort particulier et très traumatisant musculairement. Plus que la montagne je trouve…


Après 10 jours de repos total ça va déjà mieux et je suis déjà très enthousiaste à l’idée de retrouver la montagne pour le prochain objectif qui sera le 135Km du Mallorca By UTMB fin octobre. Pour aller, sur un malentendu, chercher la qualif pour l’UTMB 2026…!


Merci à toutes les têtes connues qui m’ont encouragé sur le parcours mais aussi à toutes les marques d’affection à travers vos messages qui m’ont fait chaud au coeur !! 


Bravo à tous les coureurs que j’ai eu la chance d’accompagner dans leur projet Ultra Marin cette année. Quel que soit le résultat, le plus important est l’engagement et les vertus qu’un tel défi apporte au quotidien, les mois précédents ! Mention spéciale au frangin qui réalise sa plus grosse perf en finissant 8ème du 100Km.



 
 
 

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